Deux siècles d'allées

Créées au début du XIXe siècle en même temps que la future place Wilson, les allées Jean-Jaurès ont longtemps souffert de leur position et même risqué un temps de se transformer en autoroute…

"Aucun vestige attribuable aux périodes anciennes n'a pu être identifié. » En 2016, lorsqu'ils fouillent le sous-sol du haut des allées Jean-Jaurès avant la construction du nouveau parking souterrain, les archéologues sont un petit peu déçus : une fosse de détritus datant sans doute du chantier du Canal du Midi, un tronçon de l'ancien lit de celui-ci, des tranchées de défense passive creusées en 1938… Voilà tout ce qu'a conservé du passé le sous-sol de nos allées puisqu'il n'y a eu ici pendant très longtemps que des jardins et des champs. Ce qui explique que, dans la foulée du vaste projet de suppression de la muraille et de création d'une grande place derrière le Capitole, on a pu si facilement, si rapidement (décision en 1817, début des travaux en 1821, inauguration en 1824) et si près de la ville y tracer une si large avenue, les terrains agricoles étant nettement plus faciles à exproprier que les terrains bâtis. Peut-être un peu trop rapidement d'ailleurs car on ne semble pas avoir conçu cet axe pour qu'il mène quelque part. Il s'arrête d'abord abruptement au bord du Canal avant que la construction de l'École vétérinaire de l'autre côté ne force à créer un pont. Mais quand on construit ensuite la gare Matabiau tout près, c'est l'étroite rue de Bayard qui devient l'axe de communication tandis que nos allées restent de côté, vaste espace de promenade où on peut sans déranger grand monde installer foires et fêtes foraines. Continuité de la belle place ovale conçue par l'architecte Jacques-Pascal Virebent, nos allées en suivront longtemps les errements politico-toponymiques : place et allées d'Angoulême puis Lafayette, Louis-Napoléon sous le Second Empire, de nouveau Lafayette avant que la connexion cesse à l'issue de la Première Guerre mondiale lorsque la place est rebaptisée Wilson (artisan de la victoire de 1918 et théoricien de la paix qui Ci-contre, le bas des allées un jour de foire au début du vingtième siècle. Ci-dessus, les allées au début du dix-neuvième siècle juste après leur réalisation et alors que facilité l'arrivée du chemin de fer gare Matabiau 3 en 1856 (trois ans après l'installation de la statue de Riquet 4 ). L'école vétérinaire 5, construite en 1834 l'on vient seulement d'achever la future place Wilson 1. À droite, les allées un siècle plus tard. Le tracé du canal du Midi a été modifié 2 en 1841, ce qui a de l'autre côté du canal, sera détruite en 1965, d'abord pour un projet avorté d'autoroute urbaine avant de faire place à la médiathèque José Cabanis a suivi) et les allées Jean Jaurès (assassiné juste avant le début du conflit et parce qu'il s'y opposait). Jean Jaurès qui n'habitait pas très loin lorsqu'il était toulousain et qui, aimant la promenade, n'aurait peut-être pas été ravi du projet du maire Louis Bazerque qui voulut en 1962 tranformer les allées en expressway (autoroute) avec prolongement jusqu'à Jolimont et une seule intersection entre deux longues rangées de bâtiments uniformes « pour éviter un ralentissement de la circulation ».

Réalisation : Studio Différemment
Texte : Jean de Saint Blanquat
illustrations : Jean-François Binet, Jean-François Péneau
Merci à la Direction du Patrimoine pour son aide précieuse.

Ci-contre, le bas des allées un jour de foire au début du vintième siècle. Ci-dessus, les allées au début du dix-neuvième siècle juste après leur réalisation et alors que facilité l'arrivée du chemin de fer gare Matabiau en 1856 (trois ans après l'installation de la statue de Riquet 4). L'école vétérinaire, construite en 1834 l'on vient seulement d'achever la future place Wilson. À droite, les allées un siècle plus tard. Le tracé du canal du Midi a été modifié en 1841, ce qui a facilité l'arrivée du chemin de fer gare Matabiau en 1856 (trois ans après l'installation de la statue de Riquet). L'école vétérinaire, construite en 1834 de l'autre côté du canal, sera détruite en 1965, d'abord pour un projet avorté d'autoroute urbaine avant de faire place à la médiathèque José Cabanis.