La ville en actions

Treize acteurs institutionnels ont décidé d’unir leurs forces au bénéfice de la santé des Toulousains. Un engagement concrétisé par le Contrat local de santé 2019-2022, qu’ils signeront chacun le 16 décembre. Explications.

Vaccination, nutrition, consommation d’alcool, tabac, cannabis et autres drogues, santé au travail, santé mentale ou encore perturbateurs endocriniens… Voici un échantillon des questions abordées dans le contrat local de santé (CLS) 2019-2022. Initié par la mairie de Toulouse et l’agence régionale de santé (ARS) Occitanie, il a été adopté par le conseil municipal le 18 octobre et sera signé par 13 partenaires le 16 décembre (lire p. 18). Son objectif : réduire les inégalités sociales et territoriales de santé. La santé, c’est le bien-être de chaque individu et une des conditions du bien-vivre ensemble. Les enjeux sont donc de taille ! Le CLS recense des actions à mener en fonction d’un état des lieux qui s’appuie notamment sur le « profil santé » des Toulousains (voir p. 18). Des actions qui sont à la croisée des priorités de chacun des acteurs, car tous témoignent de la nécessité d’unir leurs forces pour faire face aux enjeux : la désertification médicale à l’heure où les urgences sont saturées, la prévention de la dépendance chez les personnes âgées, les inégalités sociales qui engendrent des inégalités de santé… Institutions et structures médicales et sociales partenaires souhaitent ainsi développer une approche plus globale et cohérente à l’échelle du territoire.

ALLER SUR LE TERRAIN

Ce dispositif comprend notamment la lutte contre les conduites à risques liées à la consommation d’alcool, tabac, cannabis et autres drogues. Une question à laquelle la mairie de Toulouse s’est attelée depuis plusieurs années, avec un plan de prévention et de réduction des risques. Objectifs : préserver les plus jeunes, reculer l’âge de la première consommation, éviter qu'elle ne devienne chronique et rendre les individus capables de faire des choix positifs pour leur santé. Il s’agit aussi d'investir les lieux de consommation afin de réduire les risques immédiats liés à la consommation et de préserver la tranquillité publique. Dans l’expérimentation permanente, la Mairie développe des actions avec des spécialistes des addictions et les acteurs de terrain (Éducation Nationale, acteurs jeunesse, Police…). La stratégie est adaptée au public et au quartier, mais une modalité est désormais privilégiée : on va vers les jeunes, sur le terrain, aussi bien en centre-ville (lire p. 19) que dans les quartiers prioritaires. En 2018, la Mairie, Toulouse Métropole, l’ARS et la Préfecture ont ainsi mis sur pied un projet d’envergure pour le Grand Mirail. Mené par l’association Clémence Isaure, il consiste à déployer un dispositif global de lutte contre les addictions, à l’aide d’interventions dans les établissements scolaires, de consultations pour les jeunes consommateurs dans les structures de quartier, d’insertion par le travail, etc. Le programme cible les 8-25 ans, leurs parents, mais aussi les professionnels de terrain, non spécialistes des addictions, qui font part de leurs difficultés face aux consommations et trafics associés alors que l'on constate l'inefficacité du "tout répressif". Le projet prévoit notamment la création d’une plate-forme d’échanges dédiée à ces professionnels.

« RÉDUIRE LES INÉGALITÉS »

Laurent Poquet, délégué départemental de l’Agence régionale de santé (ARS)

Quel est l’esprit du Contrat local de santé 2019/2022 ?
Il témoigne d’un vrai projet territorial de santé. Ce contrat permet à l’ARS de décliner son projet régional de santé (PRS) en fonction des besoins et enjeux de Toulouse et associe l’ensemble des acteurs institutionnels de la santé. Chacun y fait des propositions concrètes pour réduire les inégalités sociales et territoriales de santé, notre objectif prioritaire et commun.

Comment favoriser la santé sur le territoire ?
Au-delà des soins, la santé va jusqu’à la recherche du bien-être des individus, tant physique que mental et social. De nombreux moyens peuvent être mis en oeuvre. Par exemple, intervenir sur l’urbanisme et les mobilités douces, mener des actions d’éducation pour rendre les plus jeunes acteurs d’un environnement plus sain, ou encore expérimenter des consultations dans les lieux festifs, dans le cadre de la réduction des risques liés aux addictions. Et sur l’offre de soins, il s’agit de poursuivre le travail engagé sur la démographie des professionnels de santé.

Les habitants ont-ils un rôle à jouer ?
Un rôle majeur. Un des objectifs du CLS est de favoriser l’implication des personnes pour qu’elles soient actrices tant au niveau individuel que collectif. Adapter les messages de prévention à chacun doit être notre défi collectif afin de ne pas contribuer à creuser les inégalités en matière de santé.

LES 13 SIGNATAIRES DU CONTRAT LOCAL DE SANTÉ

Mairie de Toulouse, Agence régionale de santé Occitanie, Préfecture de Haute-Garonne, Éducation Nationale, Conseil départemental de Haute Garonne, CPAM de Haute-Garonne, CAF de Haute-Garonne, CHU de Toulouse, Centres hospitaliers Gérard-Marchant et Joseph-Ducuing, Carsat Midi-Pyrénées, Mutualité française Haute-Garonne et Occitanie, Centre communal d’action sociale.

LA SANTÉ À TOULOUSE : QUELQUES CHIFFRES CLÉS

  • 47% de la population toulousaine a moins de 30 ans et la part des 15-29 ans
  • 32% (17,6% au niveau national).
  • On compte 110 000 étudiants à Toulouse.
  • Près de 11% des enfants de 5/6 ans sont en surcharge pondérale à Toulouse (en augmentation constante depuis 2013).
  • 12% des Toulousains vivent dans les quartiers prioritaires.
  • 40% d'entre eux avaient atteint le seuil du taux de pauvreté en 2013 (18,6% en moyenne sur la ville).
  • On compte plus de consommateurs réguliers d’alcool et de tabac de 17 ans en ex-région Midi-Pyrénées qu’au niveau national.
  • 41% de médecins généralistes
  • et 21% de dentistes ont 60 ans et plus. Les médecins sont inégalement répartis dans la ville et la densité de dentistes est en légère baisse.

Sources : Insee ; profil santé contrat local de santé Toulouse/2017/ORS Midi-Pyrénées, CREAI ORS Languedoc Roussillon, ARS Occitanie ; Académie de Toulouse.

LA FÊTE À MOINDRE RISQUE

Très attractive en matière universitaire, Toulouse accueille la fête… et les dangers qui vont avec. En quelques années, le slogan « Fêtons plus, risquons moins ! » est devenu emblématique des actions de prévention et de réduction des risques en « milieu festif ».

Dans les rues du centre-ville, les concerts et festivals, les clubs… Les équipes de « Fêtons plus, risquons moins ! » vont vers les jeunes là où les risques liés à la fête se concentrent. Aux dangers de la consommation de substances psychoactives (alcool, tabac, cannabis et autres produits) s’ajoutent les risques auditifs. Au beau milieu de la fête, des jeunes en service civique sillonnent l’espace en triporteur, toute l’année, tandis qu’un camion s’installe place Saint-Pierre et rue Gabriel Péri de mai à octobre. Mission : échanger avec les jeunes, informer et distribuer du matériel de prévention (bouchons d’oreilles, préservatifs, etc.) afin de prévenir les risques immédiats. Financées par l’agence régionale de santé, la Préfecture de Haute-Garonne et la mairie, les opérations sont menées par des associations au savoir-faire éprouvé. En 2018, le dispositif a été déployé sur 116 soirées. 16 000 contacts ont été pris, majoritairement avec des jeunes de 18 à 25 ans (58 % du public). Principaux sujets abordés ? La sexualité (37 %), l’alcool (27 %) et l’audition (24 %). « Fêtons plus, risquons moins ! » prend de l’ampleur (160 soirées couvertes en 2019) et expérimente de nouvelles actions, notamment en deuxième partie de soirée, avec une équipe de secours qui vient compléter le dispositif jusqu’au petit matin ; et dans certains événements pour sensibiliser au risque VIH.

L'ÉTAT AUX CÔTÉS DE TOULOUSE

Au printemps, la Mairie et la Métropole ont remporté un appel à projets de la mildeca, la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives, sur le thème : "Prévenir ensemble à l'échelle d'un territoire les comportements à risque des jeunes liés aux substances psychoactives". Plusieurs actions seront financées de 2019 à 2021, notamment celles qui permettent aux jeunes de résister aux influences qui les poussent à la consommation d’alcool et de drogues. La convention sera signée le 10 décembre.