Patrimoine - Le Château Narbonnais

  1. Duel de catapultes entre Toulousains 
  2. (dans la ville) et croisés
  3. (dans le Château Narbonnais) pendant le « Grand siège » de 1217-18. Méfiant, Simon de Montfort avait fait creuser du côté de la ville, après sa prise de possession de Toulouse fin 1215, un fossé
  4. dont on a retrouvé la trace lors des travaux du métro. Il avait aussi sans doute rasé quelques maisons
  5. trop proches pour protéger sa nouvelle résidence. Dès le début du siège, les croisés ont dû rajouter des obstacles comme ces « grands pieux de sapin »
  6. Les Toulousains ont eux renforcé la ligne de maisons faisant face au château par des barricades
  7. L’aspect du Château Narbonnais est hypothétique puisqu’il sera rasé au XVIe siècle : mais on sait qu’il avait été construit sur les tours de la porte romaine
  8. dont celle à l’est
  9. a dû servir d’appui au donjon. Sa défense était peut-être assurée par une barbacane
  10.  et le « fossé majeur »
  11.  en eau au moment du Grand siège. Au sud, l’hôpital Saint-Antoine
  12. et un cimetière
  13. Ci-dessus, ce qu’on a retrouvé du Château Narbonnais (en orange) lors des fouilles du Palais de justice en 2005/06 : les restes de la façade sud du château 
  14. bâti par le comte Raimond V dans les années 1160 entremêlés avec ceux des tours de la porte romaine (en jaune), une partie de la muraille
  15. construite par les rois au XIVe siècle. (voir page suivante) et le mur de contrescarpe du fossé majeur

Château Narbonnais

Chassé par les Toulousains, Simon de Montfort se retranche dans le Château Narbonnais qui devient l’un des points chauds du « Grand siège » jusqu’à la mort du chef croisé le 25 juin 1218.

C’est peut-être là que le terrible chef croisé a passé sa dernière nuit. C’est en tout cas dans le Château Narbonnais qu’il aurait assisté à sa dernière messe, « accablé de lassitude et d’ennuis, à bout de ressources et incapable de subvenir à ses dépenses », allant même jusqu’à prier « le Seigneur de lui accorder enfin la paix en le faisant mourir » selon le chroniqueur (pro-croisés) Guilhem de Puylaurens. Il « tremble et soupire, il devient triste et pâle et s’écrie : “Seigneur Jésus justicier, laissez-moi aujourd’hui ou vaincre ou que je meure ici !” » selon le chroniqueur (pro-toulousain) de la « Chanson de la croisade albigeoise ». Depuis l’Antiquité, tout récit de la mort d’un fameux guerrier est précédé de ces signes sans équivoque qui permettent de maintenir le lecteur (ou l’auditeur) en tension. Mais il est bien possible que Simon de Montfort ait eu un gros coup de déprime au petit matin du 25 juin 1218 lors de la messe dans la chapelle du Château Narbonnais alors qu’on vient de l’avertir que les Toulousains sont déjà partis à l’attaque des machines de siège en lesquelles il a placé ses derniers espoirs de victoire.

Le château narbonnais était la résidence officielle du comte de Toulouse. Une résidence que le comte Raimond VI avait dû abandonner après le désastre de Muret le 12 septembre 1213 et dont il fut officiellement privé en décembre 1215 par le concile de Latran qui le « dépouilla de ses droits » : « le Château Narbonnais fut remis au dit comte Simon, les bourgeois de Toulouse lui prêtèrent serment et les notaires mirent son nom en tête des actes publics ». Nouveau comte de Toulouse, Simon de Montfort s’appliqua aussitôt à priver la ville de ses défenses : « Il fit détruire les murailles de la cité et les remparts fameux guerrier est précédé de ces signes sans équivoque qui permettent de maintenir le lecteur (ou l’auditeur) en tension. Mais il est bien possible que Simon de Montfort ait eu un gros coup de déprime au petit matin du 25 juin 1218 lors de la messe dans la chadu bourg, combler les fossés et démolir les tours des maisons fortifiées pour empêcher désormais toute révolte contre lui ». Tout en renforçant au contraire le Château Narbonnais où « il fit ouvrir une porte du côté de l’orient pour pouvoir y entrer et en sortir quand bon lui semblerait, à l’insu des bourgeois et même malgré eux. Enfin, il creusa tout autour, entre le château et la ville, de larges fossés garnis de grandes palissades ». Ce n’était sans doute pas le meilleur moyen de s’attacher les coeurs : Simon, bon guerrier mais très mauvais politique, ne tarda pas à rendre les habitants nostalgiques de leurs anciens
comtes. En septembre 1216, alors que « Raimond le Jeune » (le futur Raimond VII) venait de bouter les croisés hors de Provence, les Toulousains crurent le moment venu de se révolter. Mais Simon les prit de vitesse, mit la ville à sac et la rançonna d’un formidable tribut pour regarnir ses caisses mises à mal par la campagne de Provence. Humiliés et ruinés, les Toulousains n’en firent que plus fête aux deux Raimond père et fils lorsque ceux-ci profitèrent de l’absence de Simon pour rentrer en ville un an plus tard le 12 septembre 1217.

C’est le début du « grand siège » : un comte de Toulouse en assiégeant (Simon de Montfort), deux comtes de Toulouse en assiégés (Raimond VI et son fils). Simon a perdu la ville mais gardé le Château Narbonnais devant lequel les Toulousains « dressèrent un grand nombre de pierrières et de mangonneaux (catapultes) afin de le ruiner » tout en « fermant leur ville » de ce côté « au moyen de palissades, de pieux, de grandes poutres et de larges fossés ». Au printemps, le chef croisé décide de se payer deux imposantes machines de siège pour percer les défenses toulousaines et en finir. Ce 25 juin 1218 après le coup de déprime mentionné plus haut lors de la messe au Château Narbonnais, Simon de Montfort se jette donc dans la bataille pour sauver ses machines. Il repousse la sortie des Toulousains, est encore une fois bien près de renverser le sort lorsque son frère Guy est atteint par un tir d’arbalète… Simon saute à terre pour le secourir et ne voit pas la « pierre lancée de la ville » qui vient le tuer net au milieu des « bruyantes clameurs » des Toulousains. Accablés d’une « morne tristesse », les croisés ne se voient plus prendre la ville sans un tel chef et lâchent l’affaire : « Quand le comte de Montfort fut ainsi passé de vie à trépas, son fils Amaury hérita de sa succession et leva le siège de Toulouse en abandonnant le Château Narbonnais qu’il ne pouvait conserver ». Raimond VI et son fils retrouvent leur résidence qui ne joua désormais plus qu’un rôle annexe dans le sort du Midi occitan. Amaury de Montfort abandonna ses droits sur Toulouse au roi de France qui n’eut qu’à se montrer en 1226 et ses hommes venir l’été 1228 camper à Pech David et faire du dégât tout autour de la ville pour que Raimond VII, croyant gagner du temps, consente à tout et signe en 1229 le traité de Paris qui programmait la fin de son indépendance par le mariage de sa fille Jeanne au frère du roi, Alphonse. Raimond VII mourut en 1249 et Alphonse de Poitiers prit bien soin de ne jamais avoir d’enfant avec la fille du dernier comte. À la mort d’Alphonse et Jeanne en 1271, le comté de Toulouse et le Château Narbonnais tombèrent donc dans le domaine royal.

  1. Le Château royal au début du XIVe siècle, quelques décennies après l’entrée du Comté de Toulouse dans le domaine royal. Pour faire de Toulouse une place défendable lors des guerres françaises en Espagne, le château est maintenant fermemen défendu face au sud par une nouvelle muraille
  2. bâtie entre 1282 et 1287 qui vient doubler la vieille enceinte romaine
  3. renforcée par les comtes. Il faut désormais passer plusieurs portes pour entrer dans Toulouse de ce côté : la porte Saint- Michel
  4. à la limite de la nouvelle barbacane
  5. et la porte du Château
  6. Au sud, le couvent des Trinitaires
  7. a remplacé l’hôpital Saint-Antoine. Derrière la porte du Château commence la rue « entre deux portes » qui mène à celle percée à la fin du XIIe siècle dans la vieille enceinte
  8. et sur laquelle s’ouvre aussi le portail de l’enclos royal
  9. Dans son alignement une galerie haute dont on a retrouvé la base des piliers
  10. lors des fouilles du Palais de Justice. À l’ouest la maison de l’inquisition
  11. (ancien QG de la répression anti-cathare vendu par les dominicains au roi en 1278) et les moulins du Château
  12. Plus besoin de protection côté ville en raison des bonnes relations entre la population et les nouvelles autorités. Mais les nécessités de l’administration royale ont forcé à agrandir le bâtiment dès les années 1270 et créer des « salles neuves » comme à l’est où le vieux rempart ferme le Château avec la Viguerie contre sa face intérieure
  13. Au nord, une vaste place (qui suit en partie le tracé de l’ancien fossé de Simon de Montfort) avec « bancs, tables et boutiques couvertes »
  14. construits pour profiter de l’important trafic dans la zone : administration et justice royale dans le château, marché du Salin, entrée et sortie des denrées et marchandises par la porte Saint-Michel. L’ensemble est fermé à l’est par l’hôtel de la Monnaie
  15. Encore plus au nord, une forte maison avec tour bâtie pour la trésorerie royale
  16. à côté du « Salin » où on pèse et vend le sel. L’église Saint-Barthélémy
  17. est présente, comme, à côté de l’ancien cimetière juif, la prison des Emmurats à l’est du rempart
  18. où l’on a enfermé au XIIIe siècle les très nombreux « suspects d’hérésie ».

De résidence épisodique des comtes, le château devint résidence permanente des représentants du roi de France et siège de sa puissance. Dès 1272, deux administrateurs, beaucoup plus politiques que Simon de Montfort, s’installent ici : le trésorier Pierre de Fontaines et le sénéchal Eustache de Beaumarchais. Il s’agit d’assurer la présence royale dans la région alors que commence un long cycle de guerres franco-hispaniques. C’est à la même époque que le roi fait aussi rebâtir ou renforcer la cité de Carcassonne, les châteaux du Fenouillèdes (Quéribus, Peyrepertuse, Puilaurens) et même Montségur. Des fortifications également à Toulouse pour doubler le Château Narbonnais au sud côté campagne. Tandis que côté ville, où les administrateurs royaux ont su gagner la population et n’ont plus rien à craindre, on agrandit l’ensemble royal par toute une série de « noves aules » (nouvelles salles) pour pouvoir traiter toutes les affaires de cette nouvelle province et, à une époque où Bordeaux est anglaise, Montpellier catalane et Marseille indépendante et provençale, faire de Toulouse la capitale méridionale des intérêts français.

À lire : « Pérennité des lieux de pouvoir. Le château Narbonnais de Toulouse, porte monumentale antique transformée en forteresse », Jean Catalo, Archéopages 2007 ; « L’épopée cathare », Michel Roquebert, Perrin 2007, « Toulouse au Moyen âge », Jean Catalo, Quitterie Cazes (dir.), Loubatières 2010.

Studio Différemment 2017 :
Illustrations : François Brosse
Texte : Jean de Saint Blanquat
Merci à Jean Catalo pour son aide.