Notre vision pour Toulouse
Entretien
Jean-Luc Moudenc a été réélu maire en mars dernier. Premier magistrat de Toulouse depuis 2014 – et auparavant, de 2004 à 2008 – il est également Président de Toulouse Métropole. Il partage son ambition pour Toulouse et évoque ses priorités pour le prochain mandat.
Quel est votre état d’esprit à l’orée de ce 3e mandat ?
Tout d'abord, je ressens une profonde reconnaissance à l’égard des Toulousains. C’est la 3e fois consécutive qu’ils me manifestent leur confiance, c'est une grande responsabilité. Ce qui domine aussi, c’est un esprit de travail. L'avantage de la continuité, c'est que nous sommes immédiatement opérationnels : ce premier trimestre de mandat sera donc un trimestre de travail intense.
Comment préserver l’identité toulousaine tout en poursuivant la croissance de la ville ?
Toulouse est la grande ville française qui connaît la plus forte croissance démographique. Une ambition globale et cohérente à l'échelle de la ville est bien sûr indispensable. Mais pour conserver – et même développer – la dimension humaine de Toulouse, il faut travailler aussi à l’échelle des quartiers, prendre en compte leurs spécificités et leurs besoins propres. Cela se traduit par des aménagements pensés avec les habitants, par une plus grande végétalisation et, surtout, par la multiplication des services de proximité : écoles, crèches, équipements sportifs, maisons de santé, commerces, etc.

Mon fil rouge, c'est d'améliorer sans cesse la qualité de vie des Toulousains.
La sécurité demeure une préoccupation première pour les citoyens.
Comment améliorer l’habitat ?
La question du logement représente un défi immense. Pour y répondre, il faut bâtir davantage de logements et encadrer la construction afin de produire davantage d’habitat abordable. Le plan d'urbanisme et d'habitat que nous avons adopté à l'échelle de la Métropole impose aux nouvelles constructions d’intégrer 35 % de logements sociaux et 25 % de logements en accession sociale à la propriété, soit 60 % de production d’habitat à des prix abordables. À la Métropole, nous nous sommes engagés à produire 7 300 logements par an, en moyenne. Afin de permettre aux plus modestes et aux jeunes de devenir propriétaires, je souhaite renforcer certains outils tels que le bail réel solidaire ou le prêt à taux zéro municipal.
Vous avez déjà beaucoup agi pour la sécurité. Comment faire davantage ?
Nous installerons des bornes d'appel dans les rues les plus fréquentées et nous équiperons les commerçants qui le souhaitent de boîtiers d'appel. Reliés directement à la police municipale, ces dispositifs l’alerteront en temps réel et lui permettront de géolocaliser les problèmes pour des interventions plus rapides. La vidéoprotection sera progressivement généralisée dans toutes les rues et gagnera en efficacité grâce au traitement (et non la captation) des images avec l’intelligence artificielle. Sur le terrain du matin au soir, la présence humaine permet aussi de prévenir la délinquance. C’est pourquoi nous allons encore augmenter les effectifs de la police municipale. Dès que la loi le permettra, nous élargirons les prérogatives des policiers municipaux afin qu’ils puissent procéder à des contrôles d'identité, confisquer des armes, constater l’usage de stupéfiants… Nous allons aussi créer une brigade anti-deal pour lutter contre le trafic de drogue en partenariat avec la police nationale. La prévention des violences de toutes sortes représente aussi un volet important de nos actions.
Le calendrier de la 3e ligne de métro sera-t-il respecté ?
Démarré en 2022, le chantier de la ligne C du métro est le plus grand projet de transports en commun en France, hors Paris. Il est normal qu’il ait rencontré quelques aléas ponctuels, mais la livraison est bien prévue pour fin 2028. Parallèlement, le prolongement de la ligne B vers Labège avance aussi très bien et sera livré à la fin de l'année 2027.
Et celui de la LGV ?
Cette ligne ferroviaire permettra de relier Toulouse à Paris en 3 h 10. Commencé il y a deux ans, le chantier est financé par plusieurs collectivités, mais il existe des interrogations sur l’engagement de l’État. Nous nous sommes tous mobilisés et j'ai obtenu du Premier ministre que l'État réaffirme son engagement. En plus, le nouveau maire de Bordeaux, Thomas Cazenave, soutient la LGV, contrairement à son prédécesseur. J'ai donc bon espoir que le projet soit consolidé. Une réunion entre tous les élus concernés est prévue prochainement à Matignon et je vais bien évidemment continuer à me battre pour ce projet.
Quels sont vos leviers pour améliorer l’offre de soins à Toulouse ?
Nous facilitons l’installation de Maisons de Santé Pluriprofessionnelles (MSP) dans tous les quartiers. Le principe est de réunir plusieurs soignants dans un même cabinet : médecins, kinésithérapeutes, infirmiers, etc. À ce jour, il en existe dix-neuf, deux autres vont bientôt ouvrir, et nous travaillons sur d’autres projets avec les autorités de santé. Nous souhaitons aussi expérimenter des cabines de télémédecine permettant des consultations décentralisées. Nous soutenons également les grands projets portés par le CHU, tels que les extensions de l’hôpital des enfants à Purpan, de l’hôpital de Rangueil et de l’Oncopole.
Comment rafraîchir Toulouse ?
Nous avions prévu de planter 100 000 arbres en dix ans, nous l’avons fait en six. C'est très encourageant. Pour ce mandat, je souhaite la plantation de 200 000 arbres supplémentaires. Dès 2023, nous avons été la première grande ville à penser un plan fraîcheur pour l’été. Depuis, nous l’améliorons et renforçons ses dispositifs dans tous les quartiers. Nous allons également achever l’installation de cours oasis dans toutes les écoles et doter chaque établissement d’espaces frais. L’idée est d’apporter de la fraîcheur partout où c’est possible. Changement de matériaux, recours aux énergies vertes, amélioration de l'isolation, exposition des bâtiments… Désormais, toute nouvelle réalisation intègre ces normes. C’est bien sûr le cas des nouveaux groupes scolaires que nous construisons.
Dans un contexte incertain, comment maintenir le pouvoir d’achat des Toulousains ?
J’ai pris un engagement très fort : la stabilité des taux de fiscalité. Depuis 10 ans, la taxe foncière et la cotisation foncière des entreprises demeurent identiques à Toulouse. Ces taux seront maintenus durant le mandat qui s'ouvre, malgré la situation dramatique des finances de l'État et les ponctions qu'il opère dans nos budgets. C'est un sacré challenge ! Par ailleurs, la mutuelle communale que nous avons créée pour les seniors sera bientôt ouverte à tous les Toulousains afin de leur offrir une couverture santé complémentaire à des prix très intéressants. Nous allons aussi mettre en place une assurance habitation communale à des tarifs avantageux, accessible aux locataires comme aux propriétaires. Nous allons également continuer à développer les restaurants seniors solidaires qui proposent des repas équilibrés à 3,40 €.
Comment décririez-vous la nouvelle équipe municipale ?
Unie, expérimentée et renouvelée, puisqu’elle accueille 36 % de nouveaux élus. Plus de la moitié de ses membres n'appartiennent à aucune formation politique, ce qui est très rare dans une grande ville. Elle rassemble des sensibilités diverses qui, sans être toujours d'accord sur la politique nationale, sont profondément unies sur les sujets qui concernent Toulouse et sa Métropole. Et ça, c'est une garantie de sérieux qui facilite les décisions.
Vous avez annoncé que vous ne vous représenteriez pas à la Mairie de Toulouse à l'issue de ce mandat…
Le moment venu, cette équipe devra proposer aux Toulousains un autre visage pour incarner l'action municipale avec la même philosophie. En tant qu’élu expérimenté, mon rôle est d’assurer la transmission et de préparer l'avenir. Nous avons encore du temps, mais il est important que cela soit dit en toute franchise aux Toulousains.
Face au dérèglement climatique, il faut impérativement accélérer les solutions pour rafraîchir la ville.
