L'Écluse Saint-Pierre, à contre-courant depuis 250 ans

Nichée entre deux rangées d'immeubles, à deux pas du Bazacle, l'écluse Saint-Pierre fête ses 250 ans en 2026. Sa forme ovale intrigue, son histoire mérite que l'on s'y attarde. Petit tour du propriétaire.

Dès le premier regard, l'écluse Saint-Pierre interpelle : ses parois légèrement incurvées forment un sas ovale plutôt que rectangulaire. Entièrement construite en pierre de taille, cette écluse est en effet un héritage direct du canal du Midi, pour lequel ce format spécifique, plus solide, avait été privilégié par Pierre-Paul Riquet. Joseph-Marie de Saget reprend ce modèle éprouvé, faisant de Saint- Pierre une exception ovale parmi ses sœurs toulousaines aux sas rectangulaires.
Deuxième particularité : sa position. Seule écluse toulousaine en contact direct avec la Garonne, elle affronte un fleuve au régime capricieux. Quand la hauteur de la Garonne dépasse un seuil critique, l'écluse est fermée à la navigation pour des raisons de sécurité. Son fonctionnement est aujourd'hui assuré par Voies Navigables de France (VNF).

Pourquoi cette écluse ici ?
Le 14 février 1776, c’est jour d’inauguration sur les bords du canal de Saint-Pierre tout neuf. La chaussée du moulin du Bazacle, ce barrage qui traverse la Garonne en plein cœur de la ville pour alimenter ses moulins, a toujours été un obstacle redoutable pour les bateliers : descendre était déjà téméraire, remonter chargé relevait de la mission impossible. Les marchandises étaient déchargées en aval, acheminées à dos d'homme jusqu'aux ports du centre-ville. Grâce aux 1 450 mètres du nouveau canal et à son écluse, céréales, vin, bois, pierre ou tabac peuvent désormais transiter entre la Garonne et le canal du Midi sans avoir à décharger et recharger les bateaux, dans un sens comme dans l'autre. De nombreuses industries s'installeront d'ailleurs sur la zone pour profiter de cette nouvelle dynamique. L'idée était ancienne : dès 1686, Vauban avait noté qu'une telle liaison s'imposait. Il aura fallu attendre 1768 et le vote des États de Languedoc pour que l'ingénieur Joseph-Marie de Saget conçoive et supervise l'ensemble : quais, canal de jonction, écluse.

Pourquoi Saint-Pierre ?
Joseph-Marie de Saget a placé l'entrée du canal dans les fossés médiévaux de la ville, là où s'ouvrait autrefois la porte Saint-Pierre dans les remparts, elle-même liée à l'église Saint- Pierre-des-Cuisines toute proche. Le nom de l'écluse s'est imposé naturellement. Quant au canal, il s'appellera d'abord canal Saint-Pierre par extension, avant de prendre au XIXe siècle le nom de canal de Brienne, en hommage à l'archevêque de Toulouse Loménie de Brienne, ardent défenseur du projet.

Quel autre nom porta le canal Saint-Pierre après la révolution ?
Comme de nombreux autres ouvrages débaptisés après la Révolution, il s'est appelé un temps le canal de l'Ouest, tout simplement car ce canal situé à l’ouest de la ville conduit vers l’ouest.

Vue sur le canal de Brienne, partie intégrante du bien canal du Midi inscrit sur la liste du patrimoine mondial de l'Unesco en 1996.
  1. L’aqueduc de dégravement
    Sous la maison éclusière court un aqueduc souterrain, l'aqueduc de dégravement, dont la vanne permettait de chasser les sédiments de la Garonne pour éviter que les portes de l'écluse ne se bloquent
  2. Le canal des maraîchers - dérivation
    Creusé dans les années 1880 pour irriguer les zones maraîchères du nord toulousain, il fut réutilisé en partie à partir de 1943 comme dérivation : il permettait de faire entrer l'eau de la Garonne dans le canal sans passer par le sas, limitant ainsi les à-coups sur le canal latéral.
  3. Les vantelle
    Les portes de l'écluse sont équipées de petites trappes, les vantelles, qui permettent de faire circuler l'eau même portes fermées, pour équilibrer les niveaux avant l'ouverture.
  4. La maison éclusière
    Sur la rive gauche, la maison éclusière abritait deux logements. On y trouvait aussi un vaste magasin, inhabituel pour ce type d'ouvrage, destiné notamment aux poutrelles du batardeau, ce barrage de bois dressé en cas de crue pour protéger le canal. Les bâtiments sont aujourd'hui reconvertis en restaurant et salle de spectacle.

Le saviez-vous ?
Lucien Lombard, compagnon de l'éclusière, était résistant. L’histoire rapporte qu’en 1943, il fut arrêté par la Gestapo dans le magasin de la maison, avant d'être fusillé. L'un des quais de la Garonne porte aujourd'hui son nom.

La mise en valeur des canaux

En 2021, Toulouse Métropole a lancé le programme d'aménagement Grand Parc Canal, en collaboration avec Voies Navigables de France (VNF). Objectif : valoriser les canaux qui traversent la métropole toulousaine. Le parvis de Brienne - écluse Saint-Pierre constitue la première opération livrée (décembre 2025). Cette réalisation emblématique préfigure l’ambiance du futur Grand Parc Canal (patrimoine mis en valeur, cheminements piétons et cyclistes, etc).
En 2026, le canal du Midi et le canal de Brienne célèbrent également leur 30e année d'inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO. Pour l'occasion, plusieurs expositions retraceront l'histoire des canaux toulousains. Vous découvrirez notamment l'aventure humaine des mariniers. Infos : metropole.toulouse.fr

Sources : Archives du Canal du Midi - VNF à Toulouse ; site web des Voies Navigables de France www.vnf.fr ; site web du Canal du Midi www.canal-du-midi.com
Direction : L'agence evelyne ; Texte : Marie Grivot ; Illustrations : Célia Gazal ; Merci à Samuel Vannier Responsable de l’unité Patrimoine, Culture et Archives à la direction territoriale Sud-Ouest de Voies Navigables de France et merci à la Direction du Patrimoine.