Dans les yeux de Bemberg

Il y a deux ans, le musée de la Fondation Bemberg rouvrait après une rénovation d’ampleur. Rencontre avec celle qui l’a transformé et le dirige actuellement.

Ana Debenedetti

Comprendre ce que les oeuvres nous disent de Georges Bemberg
Rencontrer Ana Debenedetti, c’est un peu ouvrir un livre et se laisser conter cinq siècles d’histoire de l’art. Posant pour la photo devant un grand format de Valtat, la directrice est dans son élément. Pour autant, on devine qu’elle reste habituellement en arrière-plan des oeuvres. Car sa mission, c’est de les mettre en valeur. Plus de trois ans qu’elle dirige la Fondation Bemberg et deux ans que le musée a rouvert, à l’issue d’un « titanesque chantier ». La quadragénaire, née à Paris, affiche un éminent CV. Agrégée d’italien et docteure en histoire de l’art, spécialiste du XVe siècle italien et de la Renaissance, elle fait ses armes en tant que conservatrice des peintures et des dessins au prestigieux Victoria and Albert Museum de Londres, pendant 15 ans. À son retour dans l’hexagone, elle prend la direction d'expositions au musée Jacquemart-André à Paris, jusqu’au coup de coeur pour « l’oeuvre de Georges Bemberg ». Une collection « particulièrement riche et variée » de 700 peintures, sculptures et objets d’art « conservée intègre » dans l’écrin de l’hôtel d’Assézat, bijou du patrimoine toulousain. Nous sommes à l’été 2022. Le musée, créé en 1995, est à l’arrêt pour une rénovation d’ampleur. « Un vaste chantier, quasiment à ciel ouvert. Le lieu étant vide, c’était l’opportunité de repenser toute la muséographie. » C'est un véritable défi, d’autant plus que le monument n’a pas été pensé comme un musée. Se jouant des contraintes spatiales, la conservatrice de métier met alors en oeuvre tout son savoir-faire pour valoriser cette collection.

S’imprégner de la collection
Dans un objectif de transmission au public, elle s’efforce avant tout de saisir la personnalité du collectionneur, disparu en 2011, et la « grande cohésion » de la collection. Auparavant proche de la maison de collectionneur, l’espace devient un véritable musée offrant 400 oeuvres à redécouvrir selon un parcours chrono-thématique, allant de la Renaissance à la deuxième partie du XXe siècle… Autant d’époques et de courants artistiques « qui ont forgé la culture visuelle européenne ». Dédié à la peinture moderne, le 2e étage reflète le goût du mécène argentin pour les avant-gardes : Monet, Matisse, Gauguin ou encore Pierre Bonnard, son peintre de prédilection. Une salle dédiée renferme l'ensemble le plus important consacré au nabi après celui du musée d'Orsay : « un véritable trésor ! » La visite révèle également son intérêt pour le portrait. « Les nombreux visages que compte la collection formaient en quelque sorte une famille idéale pour l’intellectuel solitaire », décrypte-t-elle. Ces clés de compréhension lui sont essentielles pour perpétuer le travail du collectionneur à travers des acquisitions, « sans trahir l’intégrité de son oeuvre ». Aujourd’hui, le site compte 75 000 visiteurs par an. Ana Debenedetti renouvelle régulièrement les accrochages et propose une belle offre de médiation (visites, audioguides, un site web sur lequel on peut explorer la collection). Son objectif : « que le musée gagne une plus grande place dans le coeur des Toulousains ».