Le château d’eau, réserve culturelle
200 ans après sa construction, Le Château d’Eau a connu une nouvelle rénovation en novembre dernier pour affirmer encore davantage sa place incontournable dans le paysage culturel local. De quoi plonger un peu plus Toulouse dans la photographie.
Posé au bord de la Garonne, à quelques pas de la Prairie des Filtres, Le Château d’Eau est un édifice connu de tous les Toulousains. Cette tour ronde, en briques rouges, se dresse en effet depuis 1825 à l’extrémité du Pont-Neuf, porte d’entrée du quartier Saint-Cyprien.
À l’origine, l’ouvrage est imaginé pour répondre aux problématiques d'approvisionnement en eau que Toulouse a toujours connues. Si diverses solutions sont envisagées, c’est finalement la création d’une station de relevage des eaux de la Garonne, via un système de machines conçu par Jean Abadie, qui est retenue. Les travaux débutent à l’automne 1821 grâce notamment au legs de l’ancien Capitoul Charles Laganne, à l’emplacement d’une fontaine en forme de rotonde construite par les Capitouls en 1682.
Le bâtiment en lui-même, oeuvre de l’architecte Jean-Antoine Raynaud, est donc achevé en 1825 et les machines installées (l'une la même année, l'autre en 1827). Ce n’est qu’en 1829 que les Toulousains peuvent profiter de cette innovation technologique. Cependant, dès la deuxième moitié du XIXe siècle, Le Château d’Eau devient rapidement obsolète et sera petit à petit désaffecté.
Un geste pionnier : Inspiré par le festival de la photographie d’Arles (1970) dans lequel il s'implique, Jean Dieuzaide veut offrir à Toulouse un lieu dédié à la photographie. Il transforme l’ancien château d’eau — bâtiment à l’origine utilitaire, un geste rare pour l’époque – tout en conservant les traces de son usage passé.
Reconversion sur le fil
Un siècle plus tard, alors que l’acte de démolition du bâtiment est déjà écrit, c’est grâce à la vision de Jean Dieuzaide que Le Château d’Eau connaît une deuxième vie. Alors que Toulouse a été la 3e ville au monde, après Paris et Londres, à créer une société de photographie, l’artiste veut aller plus loin en ouvrant un musée dédié au 8e art.
En 1971, après un travail de persuasion intense, Jean Dieuzaide obtient du maire d'alors, Pierre Baudis, la création de la première galerie municipale de photographie en France, au sein du Château d’Eau.
Dieuzaide le directeur artistique
Ouverte au public en 1974 pour une exposition de Robert Doisneau, la Galerie du Château d’Eau est officialisée l’année suivante, Dieuzaide mettant sa carrière de photographe entre parenthèses pour en devenir le directeur artistique. Il constitue alors un large fonds d’oeuvres grâce aux dons des artistes mis en avant. Jean Dieuzaide, directeur artistique de la galerie (1975-1995), organise avec son équipe près d’une exposition par mois. Certaines sont même diffusées à l’étranger.
L’espace d’exposition est élargi en 1984 avec la restauration du sous-sol et, en septembre 1987, le bâtiment et la station de pompage, dont les machines ont été conservées, sont inscrits au titre des Monuments Historiques.
© André Cros, fonds Jean Dieuzaide Mairie de Toulouse, Archives municipales, 84Fi154/492.
Quelle pratique Jean Dieuzaide a-t-il popularisée ?
Il met en place l’édition d’un catalogue pour chaque artiste exposé, conservant ainsi la trace de chaque accrochage.Un vrai travail d’édition et de mémoire !
Actu
Une nouvelle transformation
Après 18 mois de fermeture et un an de travaux commandés par la Mairie à l’agence toulousaine Cousy Architectures, une arche supplémentaire sous le Pont-Neuf a notamment été dégagée pour agrandir les espaces. L'idée était aussi de repenser l’ensemble et de recréér du lien entre le parc, l’annexe et la galerie en tenant compte du patrimoine. Au total, le lieu, renommé simplement Le Château d’Eau, bénéficie de 180 m2 supplémentaires, ce qui offre davantage de possibilités d'organisation entre les trois espaces, permettant de mieux répondre aux nouvelles formes d'exposition. Découvrez la nouvelle exposition, L'Humus du monde, de Sophie Zénon, jusqu'au 8 mars.
Pour aller plus loin :
Le nouveau site du Château d'Eau chateaudeau.toulouse.fr ;
Edmond de Planet, Les fontaines publiques de Toulouse, 1889 ;
Françoise Denoyelle, Jean Dieuzaide, 60 ans de photographie, co-édition Les Éditions de Juillet et le Château d'eau, 2021.
Direction : L'agence evelyne ; Texte : Paul Périé ; Illustrations : Célia Gazal ; Merci aux Archives Municipales de Toulouse et à la Direction du Patrimoine.
